…de beaux colons. La Saint-Jean, c’est certainement la plus belle fête de l’année (après Noël quand même hein, pardon Jésus) et y a de quoi se rassurer sur l’avenir de la langue française au Québec : les si bouderont toujours les rais et le monde sera toujours plu riel,perpétuel statu quo. À part ça, à part mon profond découragement face à ceux qui osent boire dans ma face de la Molson ex (non mais hein, faut tu avoir le goût d’être saoul un peu pour consommer c’te merde, faut tu vouloir un peu) et à part les autobus bondés (au vague arrière-goût de métro parisien), c’est tout bonnement géant.
Oui, vous me direz qu’une fois bourré-et-plus-si-affinité, tout devient plus ou moins géant, mais j’étais, je dois l’admettre, à peu près lucide. Ou plutôt je l’étais suffisamment pour apprécier objectivement l’expérience – car c’en est une, sachez-le. On a commencé notre soirée assises en tailleur près du parlement et déjà je peux vous dire qu’il y avait amplement de quoi étancher notre soif de moquerie. (Bah ouais, on est des meufs tsé, et des meufs ça se moque.) Alors que j’entamais ma Guiness noire (j’suis vraiment quelqu’un de trash, me disait l’Argentin) et que l’on causait de tout et de rien (enfin, surtout de tout et d’une chose en particulier qui n’est pas rien, ooooh que non), nous avons été témoin d’une première scène alcolisée dans la plus parfaite tradition québécoise. Le mec, un dénommé J-P S… de 23 ans travaillant pour le gouvernement et ayant pour ami un certain Mike un peu enveloppé – comme je l’ai su quelques instants plus tard -, tente péniblement d’escalader la petite pente menant au trottoir longeant le parlement. Mais quelque chose semble clocher chez lui ; il joue du coude à la manière d’un individu atteint d’un type quelconque de non-disjonction chromosomique ou à tout le moins souffrant de difficultés motrices et peine à rester sur ses deux jambes. À force d’observation, on comprends finalement qu’il essaie tant bien que mal de passer son bras dans la deuxième ganse de son sac à dos – lequel était plein de jus de fruit, évidemment. Au désespoir, il s’affale à nos côtés, pestant contre le non-sens du monde et nous confiant son désaroi. Ma chère et tendre, un être magnanime et dénué d’arrières-pensées, profite de l’occasion (et du pauvre homme embrouillé par l’éthanol) pour lui demander s’il a en sa possession de la nourriture. Il se met donc en demeure de vider son sac pour y trouver les chips qu’il nous a juré avoir emmenés. Étalant sur l’herbe toutes ses consommations (des jus en paille Minute Maid, vous l’aurez deviné) ainsi qu’un parapluie, une enveloppe à parapluie et un objet-non-identifié-ressemblant-à-un-parapluie-mais-qui-n’en-a-pas-la-fonction, il rit, fait mine de dormir ou se fâche, incapable d’envisager l’oubli potentiel du sac de chip qui aurait pu gagner le coeur d’une demoiselle. “J’voul’juuure que j’en ai, attends attends jvais regarder dans mon sac, j’voul’juuure.” Le pauvre garçon. Plus tard quand un autre – un dénommé SOG - s’est ramené pour nous faire un speech sur la bière québécoise, il peinait encore à rester debout et comprendre ce qui se produisait autour de lui. Mais c’est pas sa faute, c’est le sol qui bouge, voyez… On a finalement réussi à s’en débarrasser (après une conversation tout de même plus structurée avec notre nouvel ami hippie) en usant d’un stratagème tout à fait original.
“Ah putain, il nous suit encore, qu’est-ce qu’on va faire.”
“Hayyy vouzallééé chez Maïkeuh (Mike…)?”
“Oué oué, tu lui diras bonjour hein”
“à go on pique une course dans l’autre sens.”
“…”
“Go!”
Fallait nous voir faire volte face et courir comme des idiotes… Admirable.
“Tu crois qu’il nous suit encore?”
“Non non, l’alcool doit nous avoir chassées de sa mémoire à court terme à l’heure qu’il est : demain nous ne serons plus qu’un très vague souvenir.”
On l’a échappé belle quand même. Ma douce était simplement déçue de ne pas lui avoir piqué non parapluie en fin de compte, et de n’être repartie finalement qu’avec une de ses boissons énergisantes. (Non mais hen, quelle profiteuse. D’abord Denis qui paie le taxi, maintenant J-P qui devrait fournir un abri en plus de quoi la désaltérer? Une vraie mysandriste. J’adore.)
Autre scène plutôt pittoresque : un mec couché par-terre près de la place Georges V. Moi de m’approcher, toute inquiète : “Hey ça va, t’es sur sur?” Il avait la voix bien pâteuse : ”Wowé, wowé.” Ouin ouin. Que de déchéance.
Puis après moult déambulations plus ou moins touristiques, la pluie s’est mise à tomber et le marchand de sable est passé. J’me suis donc retrouvé abandonnée par mes deux acolytes qui préféraient, au bout du compte, la douce compagnie de Morphée à la mienne et à celle des milliers de fêtards. Génial. De toute façon, pour ma part, la soirée n’était pas terminée et devait perdurer jusqu’au petit matin en une toute autre compagnie.
J’ai entre eu droit au plus beau spécimen de douchegirl qu’il m’ait été donné de voir. Une meuf blonde platine et orange (classique, quoi) avec une voix éraillée et une conversation dont le niveau intellectuel ne dépassait que de peu celui d’une cour de maternelle pour élèves en adaptation scolaire. Avec en prime le t-shirt tout croche qui m’a permis d’observer dans toute sa splendeur son soutien-gorge blanc. Ouin. La prochaine fois, chouette, bois moins, habille toi et surtout, surtout… ne dis rien.
Et en descendant en basse ville, la pluie était carrément torrentielle : les routes étaient de véritables rivières. Faut avouer que c’était particulièrement amusant de patauger en sandale là-dedans… sans déconner! On était trempés jusqu’à la moelle, c’est peu de le dire. Ce fut en fin de compte un premier nettoyage avant que s’y mettent les scoutes… (Ok pardon j’ai jamais su comment ça s’écrivait.) Parce que OUI, ce sont, paraît-il, les SCOUTES qui nettoient la ville le jour suivant la Saint-Jean… Les pauvres enfants, mon dieu. Je suis scotchée : je ne sais pas, ça me semble telllement cliché que je ne pensais même pas que ça se pouvait.
Et bien sûr, vous n’avez pas besoin de connaître tous les détails. Bonne journée!

coucou ici !
Je passe régulièrement feuilleter vos billets et la j’ai voulu lacher un petit commentaire.
Je juge que les billets sont bien écrits et enrichissants, c’est un bonheur de vous lire.
Continuez comme cela le plus longtemps encore !
Une bonne année !